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Les conditions de vie qu'endurent les « voyageurs » à l'emploi des compagnies de traite à la fin du XVIIIe siècle ne sont pas très différentes de celles qu'ont dû affronter tous ceux qui voulaient ou devaient se rendre dans les Pays d'en haut depuis le début du XVIIe siècle. Bien sûr, la menace autochtone n'est plus ce qu'elle était, les Blancs s'étant rendus maîtres du territoire et les grands conflits ayant cessé. Le voyage est organisé et planifié; le circuit, les étapes et l'approvisionnement en nourriture, qui n'est plus laissé au hasard, sont prévus. Mais pour le reste, il y a peu de changement. Avant de quitter l'île de Montréal, les nouvelles recrues comme les habitués, qui savent ce qui les attend, s'offrent des réjouissances au cours desquelles ils visitent les familles d'habitants, font la fête, chantent et dansent. Puis, le dur labeur commence. Il faut souvent pagayer de 16 à 18 heures par jour et transporter de lourdes charges dans les portages, chaque ballot de marchandises pesant un peu plus de 40 kilos. On transporte les ballots au moyen d'une courroie de cuir accrochée au front et tendue vers l'arrière pour supporter le poids de la charge dans le dos. Il arrive que le « voyageur » expérimenté porte plusieurs ballots à la fois. La nourriture est essentiellement à base de légumes secs : soupe de maïs ou soupe aux pois. On ajoute à la soupe environ un kilo de viande et quelques « biscuits » par groupe de dix hommes. Les « voyageurs » canadiens (canadiens-français) se plaignent souvent de l'absence de porc au menu, un élément important de la diète régulière de la population canadienne de l'époque. C'est en raison de ces plaintes fréquentes qu'on les surnomme les « mangeurs de lard ». Les conditions d'existence sont si difficiles qu'il arrive aux nouvelles recrues d'abandonner la partie en cours de route. Bien sûr, il ne s'agit pas tout simplement de rebrousser chemin. Le voyageur qui souhaite retourner au point de départ participe plutôt à un « échange » plus ou moins ritualisé au cours duquel il prend la place d'un autre membre d'un équipage rencontré en sens inverse et prêt à refaire le voyage jusqu'au bout du lac Supérieur et au-delà. |
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